Qui, dans les années 70, connaissait le Rottweiler ? Peu de monde, en dehors des spécialistes et passionns de chiens de gros gabarit. La situation a pourtant bien changé aujourd'hui. Nombreux sont les pays où le Rott figure en bonne place dans le palmarès des races canines. Mais, si son plébiscite est récent, son histoire est plus que centenaire. Il aura fallu tout ce temps pour que le "chien de vaches" se transforme en vedette de la cynophilie.
Parmi les thèses les plus fréquemment évoquées à propos de ses ancêtres, on retrouve comme pour de nombreuses races molossoïdes, les mâtins utilisés par les armées romaines. Une thèse séduisante qui repart du lointain dogue du Tibet. Ce chien antique accompagnait les peuples nomades dans leur migration. Installés en Inde et en Perse, ils auraient été diffusés en Europe centrale par Alexandre le Grand. De là, les Romains qui les découvrent commencent à en pratiquer l'élevage. Chiens de garde, ils accompagnent les légions romaines dans leurs conquêtes et font souche un peu partout. C'est ainsi que les chiens des légionnaires vont s'implanter dans le bassin de Souabe, une région historique de l'Allemagne, à cheval entre l'ouest de la Bavière et le Bade-Wurtemberg. On pense qu'ils ont pu, là-bas, se croiser avec des chiens autochtones, descendants probables du chien des tourbières, pour donner naissance à de nouveaux types de chiens. Rapidement, le bassin de Souabe prend une grande importance sur leplan économique. Au Moyen-Age, la ville de Rottweil, dans le duché de Souabe, est réputée pour son marché aux bestiaux. Pour y mener les troupeaux, paysans et bouchers utilisent volontiers les chiens. Ce qui explique d'ailleur que l'ancêtre du Rottweiler a lontemps été appelé "metzgerhund", littéralement "chien de boucher". De par son utilisation dans les fermes, il est également dénommé "bouvier allemand". Bien sûr, nous sommes bien loin de la morphologie du Rottweiler moderne. On ne parle pas encore de sélection ni de races canines, même si l'on s'attache à marier les meilleurs sujets entre eux. Les critères de choix sont avant tout basés sur la fonctionnalité du chien et non sur sa morphologie.
En 1892, le bouvier de Rottweil s'est forgé une solide réputation. La cynophilie balbutiante le découvre à l'une des premières expositions canines du pays, à Heilbronn. Pourtant, son histoire a bel et bien failli s'arrêter prématurement. En 1900, une loi interdit le convoyage des bovins "à pied". L'utilité des chiens devient alors moins évidente, et les paysans se désinteressent progressivement du Rottweiler.
Changement de fonction
C'est alors que les cynophiles prennent le relais, comptant parmi eux le peintre Albert Kull, possesseur du premier Rottweiler "officiel".On lui attribue volontier l'idée de la coupe de queue et de la recherche de sujets présentant une croupe plus ronde que le bouvier de Rottweil traditionnel. A ses côtés, on trouve également Karl Knauf, président de l'Association des amis du chien, qui contribue largement au sauvetage de la race. Le premier standard est rédigé en 1901, mais les effectifs sont tombés à un niveau très faible. Il faut attendre 1907 pour que le Deutscher Rottweiler Klun (DRK) soit fondé et qu'un livre généalogique se mette en place. L'un de ses fondateurs, Albert Von Graf, devient rapidement un éleveur réputé. SA sélection est à la base des premières lignées. Dans son sillage Walter Schnader et Otto Hell se taillent également une grande réputation. Ils vont être les initiateurs de l'utilisation du Rottweiler par les services de police en Allemagne, à partir de 1908. Le Rottweiler démontre ainsi qu'il possède bien d'autres aptitudes que celles de chien de bouvier, ce qui lui vaudra d'être enrôlé comme chien militaire pendant le conflit de 14-18. il sert de chien de liaison et de chien de trait affecté au transport du ravitaillement, des munitions, et au convoyage des blessés.
La réunification des clubs
Le succès du Rottweiler en Allemagne est assez rapide. A tel point que, très vite, d'autres clubs s'occupant de la race voient le jour. C'est ainsi quele Suddeutscher Rottweiler Klub (SRK), qui devient en 1913 l'Internationaler Rottweiler Klub (IRK), est créé. S'ensuivent des divergences de points de vue entre éleveurs, et la naissance d'un deuxième standard pour la race. Il faut attendre 1921 pour que tous se réunissent au sein de l'Allgemeiner Deutscher Rottweiler-Klub (ADRK), structure officielle qui existe encore aujourd'hui. Dans le pays, l'essor de la race débute réellement dans les années 30. Le Rottweiler commence à se faire connaître au-delà des frontières de son pays d'origine. Les pays scandinaves le découvrent rapidement. Le Kennel blub américain le reconnaît à partir de 1931, et son élevage démarre dès cette époque aux USA. En France, alors qu'on l'aperçoit ponctuellement depuis 1920, la première inscription au LOF est enregistrée en 1934. En Grande-Bretagne, il apparaît l'année suivante. Le déclanchement de la Seconde Guerre mondiale va malheureusement donner un coup d'arrêt à son élevage. Toujours prisé par les militaires, le Rottweiler paye un lourd tribut. En Allemagne, il est de nouveau enrôlé comme chien de guerre, spécialement entraîné pour des missions suicides. Doté d'une mine fixée sur son dos, il est dressé pour aller sous les chars des ennemis! Au sortir du conflit, leseffectifs ont chuté et il faut reconstruire la race. Un travail de longue haleine, qui est mené par les éleveurs allemands notamment, confirmant ainsi leur rôle de leader dans la sélection. L'élevage américain est également important, mais l'on observe rapidement une scission entre les lignées de travail et celles destinées au "show". De plus, la morphologie du Rott "made in USA" se différencie largement de celle préconisé par le standard adopté par la FCI, instance cynophile internationale.
Un engouement galopant
Finalement, personne ne sait réellement expliquer pourquoi, dans les années 80, le Rottweiler devient un chien à la mode. Il n'est pas mis en vedette par le cinéma, la littérature ou des propriétaires célèbres, comme cela a puarriver pour d'autres races canines. Et pourtant, dans la plupart des pays, ses effectifs explosent véritablement. Aux Etats-Unis, il est une véritable vedette. En 1993, il devient la deuxième race de chiens avec plus de 100 000 naissances! Un chiffre qui sera réduit de moitié, cinq ans plus tard. En France, il connaît depuis quelques années unsuccès fulgurant. Moins de cent naissances au début des années 80, près de 6 000 naissances vingt ans plus tard! Peu de races ont connu la même progression. Le développement du Rottweiler en Italie et en Espage suit les mêmes traces. La Grande-Bretagne se singularise en ayant rencontré une période de forte croissance un peu plus tôt quele reste des pays européens, et en ayant rapidement mis le Rott à l'index au travers d'une loi "anti-chien" à la sauce anglaise. Le record des 10 000 naissances enregistrées par le Kennel club en 1989 est bien vite retombé. La race encompte aujourd'hui cinq fois moin en Angleterre. Quant à son pays d'origine, il a malgré tout connu unessor relativement plus modéré, et la croissance des effectifs de Rotts est restée très progressive.
Le succès rapide du Rottweiler n'a hélàs pas que des bons côtés. S'il devient vite la grande vedette des amateurs de molosses, il est aussi l'un des premiers à être dénoncé en cas de problème. Quand la problématique des chiens dangereux revient sur le terrain, à tort ou à raison, les médias et les politiques ont souvent un raisonnement simpliste. Si les gros chiens mordeurs sont "noir et feu", ce sont des Rottweiler, sinon ce sont des Pitbulls! Le Berger allemand et le Dobermann avaient fait les frais de mauvaises campagnes de presse vingt ou trente ans auparavant. C'est aujourd'hui le tour du Rottweiler dêtre dans le collimateur. En France, la loi du 6 janvier 1999, élaborée pour "rassurer" la population, le vise directement. Rottweilers et chiens d'apparence Rott sont inscrits sur la liste des chiens dits "dangereux", en deuxième catégorie. Cela impose de nombreuses contraintes à leurs propriétaires et contribue à ternir l'image du Rottweiler. Il est encore bient tôt pour en tirer des conclusions, mais le risque est grand pour la race. Malgré tout, les chiffres des naissances, pour les années qui suivent la promulgation de la loi et la parution des décrets d'application, ne démontrent pas une baisse des naissances. Bien au contraire.
L'objectif des responsables de la race est d'aujourd'hui de la réhabiliter. Les arguments ne manquent pas. En premier lieu, il faut se souvenir que, depuis un siècle, la race est sélectionnée pour son caractère stable et équilibré. Chien puissant, certes, agressif en aucun cas. Standard et grille de sélection sont toujours allés dans ce sens. Le deuxième axe de travail est de bien faire comprendre la différence entre les sujets inscrits à un livre généalogique et les chiens d'origine inconnue. Si les premiers sont le fruit d'une réelle sélection, on ne connaît rien du passé des seconds. Et c'est bien là la difficulté rencontrée par toutes les races à la mode. Elles attirent inévitablement les pseudo-éleveurs, qui profitent de l'ouverture du marché et produisent ou importent des sujets sans se soucier de leur qualité...